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Bertrand Dec

Bertrand, 57 ans, est d'origine polonaise. Né en France, il nous raconte l'histoire de ses parents et la sienne.

Bertrand DEC, 57 ans, Polonais d'origine

Né en France d’origine polonaise

Ses deux parents, originaires de Cracovie, sont arrivés en France en 1936 sur contrat, pour travailler dans les fermes. Dans l’entre-deux-guerres, la population polonaise est pauvre et démunie, sans travail. Le pays vit sous le joug de l’Eglise.

Ils se sont mariés en 1939, et une première fille est née l’année suivante. À la déclaration de guerre, son père est mobilisé dans l’armée polonaise. Après un passage par la Suisse, il rentre en France.

Fait prisonnier par les Allemands, il se retrouve au cachot à Epinal avant qu’on lui donne à choisir entre déportation et travail obligatoire. Il travaillera – soin des bêtes, travail des champs, traite des vaches - dans les Ardennes, à Reuilly, rejoint par le reste de la famille jusqu’à la fin de la guerre.

C’est là que naît Boleslaw, alias Bertrand.

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Leurs vies en France

Rentrés dans la région parisienne à la fin de la guerre, la famille exploite pendant 4 ans une ferme de 4 hectares à Voisins-le-Bretonneux et vit de la vente de lait au détail et de la rémunération du travail itinérant du père.

Incité à partir, et à la recherche d’une autre ferme à exploiter, le père n’ayant qu’une autorisation de travail agricole, la famille arrive à Montcourt en 1953.

L’exploitation que les parents achètent ne suffit pas à faire vivre la famille, le père travaille en même temps comme maçon. Ils obtiennent la naturalisation en 1959, alors que la guerre froide ruine les espoirs de rentrer en Pologne.

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La demande de naturalisation

«Demande de naturalisation de M et Mme Jean Dec, agriculteurs à Montcourt-Fromonville, ferme de 34 ha avec 2 chevaux, 6 vaches laitières et 5 génisses, 2 porcs, 10 lapins et 40 volailles; fait du blé, du seigle, de l’orge, de l’avoine, des pommes de terre, du maïs, de la betterave industrielle et de la betterave fourragère, du fourrage – pas de personnel »

Rapport de la mairie à L’ingénieur en chef des Services agricoles à Melun du 3 octobre 1958 : « La famille Dec jouit de l’estime générale. Ce sont des gens très honorables, travailleurs et sobres. Les enfants ont été parfaitement bien élevés ; le fils Dec a même chaque année reçu le prix d’excellence à l’Ecole de Montcourt. A la fin de son cycle d’études primaires, il a passé sans difficulté le certificat d’études où il a obtenu la troisième place pour tout le canton. Sur le plan professionnel, Monsieur Dec passe pour être un bon cultivateur et l’un des meilleurs exploitants de la commune… »

Source AD77 – SC13613 (Naturalisations. Exploitants. 1954-1958)

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Après la naturalisation

Lorsque sa mère décède, renversée par une voiture en 1960, la famille est encore très endettée. Boleslaw a 17 ans. Parlant polonais dans la famille, il apprend le français à l’école.

Après l’obtention du certificat d’études, il entreprend des cours par correspondance et est reçu 2ème de sa promo de CAP pour le département de Seine-et-Marne, ce qui lui vaut une reconnaissance à l’époque.

Mobilisé la dernière année de la guerre d’Algérie, il cherche à son retour du travail et tente vainement – le prénom joue en sa défaveur - d’entrer à EDF. C’est à cette époque, souffrant du regard des autres et des surnoms dont on l’affuble, qu’il décide de changer et de s’appeler Bertrand.

Pendant 18 ans, il travaille comme chauffeur mécanicien dans une très grosse exploitation de 350 ha aujourd’hui démembrée puis au musée départemental de Préhistoire d’Ile-de-France. Bertrand n’est jamais allé en Pologne et la famille a rompu les attaches.

Il pensait avoir tout oublié de sa langue d’origine jusqu’au moment où confronté à son père mourant, submergé par l’émotion, les mots de cette langue lui reviennent à la bouche.

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