Musée départemental de la Seine-et-Marne
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Expositions et ressources, Musée

Images de Londres

Nous vous proposons de découvrir des photographies de Londres, que Pierre Mac Orlan a rapportées à l'occasion des séjours qu'il y a effectués au début des années 1930. Nous vous proposons également de retrouver les transcriptions des articles "La police de Londres" et "Une nuit à Londres avec la Police", récemment publiés dans la rubrique "Fil d'infos". Bonne lecture !

Publié le 3 novembre 2025

Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant. Photographie prise lors d'un reportage de Pierre Mac Orlan à Londres, en juillet 1934. Un militaire traverse la chaussée devant Buckingham Palace et le Victoria Memorial. - Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan. Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant. Vue de Londres. La garde montée "Horse Guards" en 1934. - Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan. Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté glacé. Deux personnages, dont un géant allumant sa cigarette à un réverbère dans une rue de Londres.
- Daily Mirror - 1903 - Royaume-Uni
Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant daté de 1934. Vue de Londres : entrée d'un bâtiment officiel avec deux gardes dont un à cheval.

- Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan.
Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant, daté de juillet 1934. Vue de Londres : cour d'un bâtiment officiel avec des gardes à cheval. - Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan. Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant. Vue de Londres : entrée de The Sports Arcade en 1934. - Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan. Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant. Vue de Londres : groupe d'hommes à l'entrée d'un bâtiment administratif. 1934 - Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan. Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant. Vue de Londres : une rue animée avec voitures et personnages. 1934 - Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan. Agrandir l’image Tirage gélatino-argentique sur papier baryté brillant. Vue de Londres : jeunes gens et un homme lisant un journal à l'entrée d'un bâtiment administratif. 1934 - Dépôt de la commune de Saint-Cyr-sur-Morin et du Comité des Amis de Pierre Mac Orlan.

LA POLICE DE LONDRES

I

La providence des romans policiers
Les deux mots de Scotland Yard, le siège de la police londonienne, sont populaires. Peu d’hommes ignorent qu’ils représentent une des institutions les plus puissantes du monde. Les romans policiers s’y abreuvant comme à une source de vie éternelle. Ils ont créé un romantisme spécial, un romantisme policier d’art. Scotland Yard détient tous les secrets, lance tous les appels, recrute toutes les forces et prête un appui merveilleux à l’imagination des romanciers attachés à cette galerie.
Ces mots confèrent une autorité incomparable aux hommes de chasse qui pensent dans l’ombre de cet immeuble de briques rouges et à tous ceux qui peuvent se recommander de sa protection. Un policier de Scotland Yard devient en quelque sorte un personnage légendaire : un courageux et subtil chercheur d’énigmes qui pour l’ordinaire, c’est-à-dire selon la loi des romans policiers, ne lui résistent point. Qu’est donc en vérité cette mystérieuse demeure, dont l’influence littéraire est incontestable, tout au moins sur l’imagination des honnêtes gens ?

Scotland Yard et Scotland House
Perpendiculaire à la Tamise, la ruelle où s’élève Scotland Yard accède au Victoria Embankment entre les ponts de Charing Cross et de Westminster. Dans cet édifice rose, blanc et gris qui tient du cottage et de l’usine dans un pays minier, siège le grand état-major de la police londonienne. De l’autre côté de la rue, s’élève Scotland House, le New Scotland Yard, dont la construction est assez récente. Elle date, je crois, de 1906. Le premier bâtiment orné de tourelles à ses angles, fut construit en 1885, par les mains sinon* reconnaissantes du moins assez habiles, d’une équipe de prisonniers condamnés au «hard labour». Si l’on arrive vers onze heures à Scotland Yard, on peut entendre dans l’air léger, l’appel rauque du trompette de garde au Whitehall qui signale le peloton de horse guards de la relève.
Il y a plusieurs manières de pénétrer dans ces bâtiments que l’étroitesse de la rue et certaines arrière-pensées assombrissent. La meilleure de toutes est celle qui vous est offerte par une lettre d’introduction de qualité. La lettre d’introduction, quand la signature en vaut la peine, est une clef qui ouvre les portes les mieux défendues. Tout au moins en Angleterre.

La «manière» de Scotland Yard
Il n’y a pas si longtemps, je fus introduit auprès de Sir Franck Elliot, un des hauts dignitaires de la police. Un policeman en bleu, portant sur la manche le galon rouge et blanc des policemen de la Cité m’introduisit dans un salon d’attente. Je venais à peine de m’asseoir, qu’une porte s’ouvrit et que Sir Franck Elliot vint vers moi, et me fit entrer dans son bureau. Sir Franck Elliot était le grand maître de la circulation à Londres. Il arrivait de Paris, où il était venu étudier sur place les problèmes posés par l’encombrement des rues. C’était un homme grand et mince : un sportif. Il portait, comme veston de travail, le blazer bleu à boutons d’or de l’Université de Cambridge.
-- Vous voyez ce veston. Il a vingt-cinq ans d’existence. Ses manches sont peut-être un peu courtes. L’un de nous a dû se transformer depuis ce temps. Je pense que ce doit être le veston.
Tel fut mon premier contact avec New Scotland Yard. Il fut cordial. Avec la plus grande amabilité, Sir Franck Elliot me permit de me documenter et me donna tous les renseignements que je pouvais désirer.

La police londonienne
Le lendemain de cette première entrevue, comme je me rasais tranquillement dans ma chambre, devant une fenêtre ouverte qui donnait sur la Tamise, la sonnerie du téléphone retentit à mes oreilles. Les joues barbouillées de savon, j’essayais d’entrer en relation avec quelqu’un qui m’attendait dans le hall de l’hôtel. Ce fut une conversation pénible : celle de deux sourds. Cela tenait à ma très médiocre connaissance de l’anglais. Aujourd’hui encore ce souvenir me remplit de confusion. Un employé de la réception, qui, lui, parlait français se mêla de l’affaire et je crus comprendre que l’homme qui me demandait avait pris l’ascenseur pour se rendre à ma chambre : je poursuivis l’occupation que j’avais interrompue. Au bout d’un moment il me sembla que mon visiteur avait dû s’égarer dans ce dédale de couloirs, car il tardait beaucoup. J’ouvris ma porte afin de me renseigner. J’aperçus tout d’abord la porte en face de la mienne, une porte entrouverte, qui me laissa voir le visage inquiet et peut-être ravi d’une femme de chambre. Elle n’était point seule. Deux autres femmes de chambre également inquiètes et ravies se dissimulèrent dans un coin plus sombre quand elles m’aperçurent. C’est alors que tout au bout du couloir, je vis un haut policeman casqué de bleu et qui cherchait de porte en porte le numéro qui était celui de ma chambre. Ce policeman m’ayant enfin remarqué marcha droit sur moi et après avoir salué militairement me remit une large enveloppe qui contenait une invitation à prendre le thé à New Scotland Yard.
Ce fut à mon tour de triompher. Ces jeunes personnes pleines d’imagination, qui avaient cru un moment que leur bonne fortune leur permettrait d’assister à l’arrestation d’un rat d’hôtel, durent déchanter. Je fis signe du doigt à ma femme de chambre que j’avais reconnue et je lui fis lire le billet de Scotland Yard. Elle fut certainement un peu déçue. Il lui était encore possible de construire un petit roman sur ma qualité de détective. Ce qu’elle fit sans doute : car, à partir de ce jour, je remarquai qu’elle apportait beaucoup de conscience professionnelle à l’entretien de ma chambre. Le cendrier qui était toujours dissimulé dans des endroits faits pour décourager la sagacité d’un vrai détective restait à la place qu’il devait occuper normalement, sur ma table à côté de mon papier à lettres.
Vêtu de mes plus beaux atours, à cinq heures piquées, j’entrai sous la voute du temple de la police.

Ce qu’il faut savoir sur Scotland Yard
Nous parlions tout naturellement de l’infernale astuce des criminels. Sir Elliot qui lisait les journaux français pensait que l’on pénétrait trop facilement en France. L’Angleterre lui semblait mieux protégée.
--« Vous m’excuserez dis-je. Mais je suis ici un étranger et mes questions peuvent paraître naïves. Le meurtre crapuleux, l’assassinat pour voler, soit dans la rue, soit dans un immeuble me paraît moins fréquent ici que chez nous.

--Cette impression est la mienne. Londres est singulièrement riche en pickpockets, en escrocs de toute nuance, en recéleurs, en maîtres chanteurs, mais nous n’avons guère l’occasion de nous occuper d’un crime dont le vol fut le mobile. La plupart des crimes sont des crimes passionnels. Les anciens apaches, les hooligans ont été matés. Ces hommes agissaient d’une manière déplorable. Ils assassinaient les gens avec une ceinture terminée par une lourde boucle. Aujourd’hui une nuit de Londres est une nuit paisible. Notre justice qui ne connaît que cette alternative : coupable ou non coupable, est peut-être pour beaucoup dans ce résultat. Tout homme qui a tué est pendu. Le crime accompli ne permet plus l’espoir. Nous sommes d’autre part, parfaitement organisés. »

C’est ainsi que j’appris qu’il y avait 200 postes de police à Londres. Toute cette organisation se trouvait placée sous les ordres d’un brigadier général, d’un deputy commissioner (chef du personnel), de trois assistant commissioners : un pour les affaires légales, un second pour les affaires criminelles et un troisième - qui était Franck Elliot - pour la circulation.
Il n’y a pas de gendarmerie. Les agents, les constables, formant un corps de vingt mille hommes. Ils ne sont pas armés, si ce n’est d’un stick qu’ils portent dissimulé dans une jambe de leur pantalon. D’autres services, moins connus du public, complètent le système de la police de la ville de Londres. Il y a la « Section Spéciale », la Special Branch qui s’occupe de politique et de contre-espionnage. Il faut également citer « l’Escadron volant » le Flying Squad, composé de détectives de valeur dotés d’un outillage de premier ordre, un outillage pour l’achat duquel il n’est point lésiné. Les détectives anglais sont bien armés et jouissent d’une considération profonde et générale, ce qui facilite leur tâche.
Dans ces conditions, on peut supposer que la police londonienne est renseignée sur bien des choses. Il est facile d’en apercevoir les résultats. On peut avoir les mains dans les poches à n’importe quelle heure de la nuit. Même dans les plus louches quartiers à l’est de Commercial Road.
Quand je dis les mains dans les poches, c’est exact. Mais encore faut-il s’entendre sur la forme et la puissance de ces mains.
Comme je me promenais une nuit dans Limehouse, accompagné par un sergent de police qui ne manquait pas d’humour, je lui demandai, comme nous pénétrions dans Pennyfields, qui est bien la rue la plus terne et la plus triste du monde, si, pour faire ses rondes, il ne portait point d’arme sur lui.
_ « Jamais, me dit-il. Je n’ai que mes mains dans mes poches. »
Il me les fit voir à la clarté d’une lampe au néon. Elles étaient longues et épaisses, musclées, agiles et tenaces. Il remuait les doigts avec complaisance, satisfait de mon admiration.
Dans ces conditions, il me fallut bien admettre qu’on pouvait, à la rigueur, se promener à deux heures du matin dans Limehouse-Causeway.
Cette promenade nocturne en compagnie d’un homme qui n’ignorait rien de la rue de Londres pouvait être plus instructive que tous les chiffres inscrits sur le papier.
Dès le début de notre commerce, après avoir bavardé dans un « pub » de Petticoat Lane avec un humble représentant de la loi, j’appris qu’il ne peut être question de créer une police idéale, par la simple décision d’une assemblée de personnes raisonnables. La police est la conséquence de mille forces secrètes, les forces de la rue pour l’ordinaire. L’excellence de la police anglaise est incontestable. Mais il est peut-être plus facile d’être policier à Londres que d’être policier à Paris.
Quand il est nécessaire d’étudier l’organisation d’une police, il devient automatiquement, non moins nécessaire d’étudier les individus qui lui sont opposés et l’état d’esprit  de ceux qu’elle est chargée de défendre contre les ruses et les violences des premiers.
C’est pour cette raison que je suivis mon compagnon du poste de Whitechapel afin d’entrer en contact avec le brouillard nocturne de Londres, c’est-à-dire avec les formes, parfois dangereuses qui peuplaient cette brume.

II.

L’autorité des agents de police
Familièrement un policeman s’appelle un Bobby. Autrefois, au bon temps des extraordinaires romans de Sir Anthony Troloppe, on disait : un Peeler, du nom de Robert Peel qui en 1828 fut l’organisateur du corps des policemen. On dit encore plus vulgairement : les Johnny Darbies, les frogs ou les mitney, synonymes du mot « flics ». En général tous ces surnoms ne sont pas inspirés par une pensée de haine ou de mépris. À Londres, le policeman est respecté. Et sa puissance est faite de la docilité des la rue devant le moindre de ses gestes. Il suffit qu’il apparaisse, qu’il étende le bras et qu’il prononce ces mots : « Move on ! », circulez, pour que l’attroupement se disperse. L’homme de Londres ne discute jamais avec un policeman. Il représente la force publique et la force publique c’est la force de la vieille Angleterre. Discuter avec un policeman serait mettre en doute la présence de cette force. C’est d’ailleurs une idée qui ne viendrait à personne. Quand la rue londonienne proteste contre la présence des policemen c’est qu’une émeute s’épanouit. À ce moment, ce n’est plus le policeman qui est en jeu, mais le principe social qu’il défend. Les bagarres politiques détournent de leur destination les forces de police qui les endiguent et les rompent. C’est, en somme, un malentendu. En général les émeutiers comprennent assez bien que le policeman est chargé d’assurer l’ordre dans la rue. Ils luttent contre lui, mais sans haine. C’est pourquoi les bagarres de rues ne sont jamais vraiment tragiques. Dans les rapports quotidiens, normaux, avec la foule, le policeman ne rencontre jamais de résistance. Est-il plus près de ce que l’on pourrait appeler le policier idéal ? Je ne le pense pas. Je crois seulement que la rue anglaise est moins nerveuse que la nôtre, moins individualiste aussi et qu’elle préfère remettre le soin de ses intérêts, sans discussion, à ceux dont c’est la spécialité. Cette constatation faite, je pense que depuis quelques années, la plupart des agents de la police parisienne sont plus instruits et, peut-être, plus débrouillards que leurs célèbres collègues britanniques. Leur rôle est souvent plus difficile, car la foule parisienne manque totalement de docilité.

Nuit de Londres
Une promenade nocturne d’un monsieur d’un certain âge accompagné d’un policier herculéen dans les bas quartiers d’une grande ville ne signifie pas grand-chose. Je le sais. Je me suis promené de cette manière à travers la nuit inquiétante de quelques grandes villes assez riches en histoires désagréables. Les villes les plus dangereuses du monde ne deviennent dangereuses qu’à la condition de faire intervenir une quantité de circonstances qui ne sont pas spontanées. Il est très rare qu’un promeneur paisible soit tué en se promenant à minuit dans le vieux quartier de Marseille, sur les boulevards extérieurs de Paris, dans l’Ackerstraβe à Berlin, sur le Paralelo à Barcelone ou dans Limehouse-Causeway à Londres. On peut être interpelé par un ivrogne, mais rarement par un assassin. Pour être assassiné, il faut souvent suivre certains chemins, à moins de rester chez soi. Ce qui est encore la solution la moins sûre. Le nombre de personnes assassinées chez elles est certainement plus important que le nombre de celles qui périssent de mort violente sur une voie publique, même mal famée.
Je me suis promené dans un Londres très peu connu par les londoniens, je veux parler de ce Londres qui fut autrefois dangereux et qui comprenait Wapping, Shadwell, Stepney, Poplar, etc… En général le quartier des docks à l’extrémité de Commercial Road. Shadwell High Street fut une rue célèbre où les assommoirs à matelots abondaient. Il ne reste plus de trace de ce passé qui se confond avec celui du Quai des Exécutions près de l’actuel Tunnel Pier où le Capitaine Kid fut pendu dans son bel habit brodé de pirate assez élégant.
Si l’on s’en tenait au passé, ces quartiers de Londres seraient d’une richesse d’émotions absolument incomparables. Une histoire des malfaiteurs de Shadwell et de Wapping ne manquerait ni de pittoresque, ni de larmes, ni de sang. Les existences de ces étranges bandits qui employaient mille moyens déshonnêtes pour arriver à leur fin se terminent sans originalité. Ils furent tous pendus. Certains comme MM Burke et Hare apportaient cependant une merveilleuse fantaisie dans l’exercice d’une profession pour l’ordinaire assez morne. Ils vivaient il y a près d’un siècle. Leur manière d’opérer était celle-ci :
Leur rôle sur la terre consistait à procurer des cadavres à des étudiants en médecine qui se perfectionnaient dans leur art en les disséquant. Comme les cadavres étaient moins nombreux que les demandes d’achat qui leur parvenaient, nos deux compères résolurent de créer des cadavres pour faire honneur à leur firme. Ils guettaient, la nuit venue, les matelots en état d’ivresse le long de la Wapping High Street et ils les étouffaient en leur appliquant un masque enduit de poix sur le visage. Le misérable se débattait, mais ses contorsions faisaient le jeu des sinistres drôles qui, le tenant chacun par un bras, simulaient l’attitude de deux bons camarades généreusement occupés à ramener un ivrogne vers son domicile.
Plus près de nous, Jack l’Éventreur, le fameux Jack l’inconnu, termina la série des meurtres pittoresques. Celui-là opérait à Whitechapel dans la Wordsworth Street et à Petticoat Lane. C’est dans le rayonnement de son épouvantable personnalité que la police anglaise commença à pénétrer dans le roman populaire comme un de ses éléments essentiels. Ce ne fut pas, d’ailleurs, un succès pour elle, puisqu’on ne trouva jamais cet assassin. Aujourd’hui les nuits du ghetto de Londres sont paisibles. C’est un quartier populaire rempli de braves gens. Quelques recéleurs en pierres précieuses peuvent y trouver asile. À Londres se trouvent les principaux recéleurs des grandes bandes internationales que la police de tous les pays pourchasse, souvent avec succès. Londres est une ville calme assez bien garnie de malfaiteurs calmes et corrects qui ne sortent pas la nuit pour se livrer à des violences ridicules sur des passants sans intérêt. La besogne de la police devient, pour cette raison, une besogne plus violente, mais une besogne qui demande de l’intelligence, de la ruse et de la patience.

Ombres au bord de la Tamise
_ « Voici, en quelques mots, me dit mon compagnon, l’essentiel de notre tâche. Comme j’appartiens au poste de Whitechapel dont ce quartier des docks dépend, je peux vous donner les éléments normaux de notre activité : Surveillance des escrocs, surveillance des chinois de Limehouse, à cause des stupéfiants. Ce commerce se calme. Les escrocs dont l’ingéniosité et le toupet sont indescriptibles sont les premiers sujets de nos préoccupations. J’en ai connu un que l’on pouvait surnommer le Roi des Pickpockets qui trouva le moyen de se faire inviter au bal de la police. Ici il faut bien garder ses poches. L’adresse des voleurs à la tire, les dips dépasse tout ce que l’on peut imaginer de plus subtil dans cet art. Ce matin, dans Black Lion Yard, près du coin des diamantaires, je vous ai montré un personnage frisé et joufflu qui vendait un tas de trucs « Kasher » dans une voiture à bras. Vous vous le rappelez ? Bon. Et bien ce type-là arriverait à voler une paire de lunettes sur le nez de son propriétaire sans que celui-ci s’en aperçoive. Je m’occupe également de toute une bande de gaillards qui habitent Hoxton. Ils travaillent sur les champs de courses. C’est là qu’il faut ouvrir l’œil.
_ Alors dis-je pour provoquer des confidences un peu plus colorées. Jamais un petit coup de couteau ? Pas de fusillade ? Pas de cris dans la nuit ?
Le sergent H se mit à rire. L’idée d’un coup de révolver dans une nuit de Londres semblait le combler de jubilation.
_ Non, sûr, pas de révolver, pas de couteau. Les chinois de Pennyfields sont bien tranquilles. Et Poplar est moins dangereux que le Strand pour la bourse d’un honnête homme. Seulement à Poplar, vous pourrez visiter le « pub » de Charlie Brown. C’est pittoresque !!!
Aujourd’hui Charlie Brown est mort, en laissant peut-être à la ville de Londres sa magnifique collection d’ivoires. C’était un gros et court personnage, logé à l’aise dans des pantalons qui ressemblaient à des sacs. Son visage déformé par trois bons mentons offrait cependant des traits d’une grande finesse. Il fut beaucoup question dans la littérature du bar de Charlie. Quand je l’ai connu, pour la première fois, il y a dix ans, c’était un bar fréquenté par des capitaines de navires de commerce, des noctambules et des filles. On y dansait au son d’un piano à peu près aphone. On y buvait debout. Il n’y avait pas de chaise pour s’asseoir. Ce spectacle ne manquait pas d’intérêt, mais on peut affirmer que les clients de la maison n’étaient pas de ceux qui mettent une police sur les dents.
Nous arrivâmes dans l’immense Commercial Road, déserte, inondée de lumière. La West India Docker Road surgissait d’un rêve, dans le silence éblouissant de la rue. Nous entendîmes le bruit de l’eau, presque marine de la Tamise.
_ Voici le quartier des chinois, fit mon guide.
la rue est morne, bordée de bâtisses en briques. Sur les carreaux, souvent fêlés, des portes des fenêtres, des affiches en chinois sont collées.
Des filles blanches en jupes courtes, fument au seuil des misérables cottages de cette rue silencieuse.  Un doux bruit, comme d’ailes d’oiseaux, me fait tourner la tête : Des bandes de chinois, vêtus à l’européenne, la plupart coiffés d’une casquette blanche de marine, traversent la rue et disparaissent à pas feutrés.
Nous entrons dans une sorte de cabaret en ruines neuves, si l’on peut dire. Des chinois accroupis jouent sur le sol ; une fille, peut-être ivre-morte, est adossée contre une armoire dont les portes sont sorties de leurs gonds.
Les chinois ne lèvent même pas la tête. Le policier se penche pour les regarder sous le nez. Les chinois impassibles baissent les yeux. La fille a l’air d’une statue de plâtre.
_ Et voilà, fit le sergent H., tout ce que vous pourrez voir dans cette nuit. Il n’y a rien, jamais rien… »
Il sortit une cigarette de son étui et la tapota d’un air songeur sur le dos de sa main.

III.

Comment juger la valeur d’une police
Il n’est pas fréquent qu’un reporter en service commandé soit assassiné au cours d’une enquête menée dans les milieux fréquentés par la plus basse pègre d’une ville réputée pour dangereuse. Je ne connais qu’un exemple : Il y a quelques années, un journaliste étranger au pays fut assassiné à Berlin dans la Mulackstraβe par une femme de la rue. Le journalisme n’exige pas de tels sacrifices. Faire une enquête afin d’essayer de mettre simplement au point la valeur d’une police, qu’elle soit britannique, française ou allemande, m’apparaît comme une œuvre fragile, tout à fait provisoire.
Le pittoresque de quelques rues étrangères, de quelques visages d’une autre race, est tout à fait suffisant pour déformer les choses les plus simples. Chaque peuple possède la police qu’il mérite. La qualité de la rue et les disciplines sociales d’une nation fournissent le meilleur dans l’efficacité de sa sûreté publique.
Il est très rare également - quand on est admis à visiter le service central d’une grande police – d’assister au spectacle d’un désordre évident. C’est toujours parfait. En réalité : c’est parfait, autant qu’une œuvre humaine peut l’être. C’est donc aux résultats qu’il faut juger l’activité - heureuse ou malheureuse - des agents de la sûreté publique. C’est une question de statistiques. Si l’on admet qu’il existe moins de crimes en Angleterre que chez nous, on doit naturellement conclure par cette alternative : ou la police anglaise est meilleure que la nôtre, ou le nombre des assassins est plus grand en France qu’en Angleterre. Ce qui rend les chiffres insignifiants. La police qui ne peut être préventive que dans quelques cas est impuissante devant le fait qui n’est pas accompli : On ne peut lui tenir rigueur d’un fléchissement de la morale publique.
À mon avis, parmi les principaux facteurs de la très heureuse activité de la police londonienne, il faut tenir compte de l’absence de certains préjugés de race ou d’éducation sociale.
En France, le métier d’espion, par exemple, n’est pas sympathique. Nos espions, qui souvent pendant la guerre montrent un courage terrifiant, n’ont jamais touché profondément les sentiments de la foule. D’autres pays, par contre, ont glorifié les leurs. Cette différence, entre deux impondérables psychologiques, donne à la police de ces pays un avantage marqué sur la police française qui, souvent, rencontre devant elle, non seulement l’hostilité des coupables, ce qui est naturel, mais encore l’indifférence de beaucoup. Il lui faut recruter ses indicateurs dans des milieux tarés : Ce qui enlève une certaine partie de la confiance dans leurs témoignages. Il est facile de conclure que les nations dont les citoyens offrent spontanément leur concours sans arrière-pensée gênante, à l’œuvre de leur police, possèdent de ce fait, un organisme de sûreté publique à peu près efficace.
C’est le cas pour l’Angleterre qui a organisé le premier service d’espionnage du monde parce que l’espionnage est chez elle une des formes les plus profondes, les plus enthousiasmantes et les plus efficaces du patriotisme.

Pittoresque de la police anglaise
Le nombre de romans policiers édités dans les pays de langue et de pensée britanniques est incalculable. C’est la meilleure preuve de l’intérêt que suscite Scotland Yard dans le pays. On ne peut comparer le nombre d’ouvrages édités en France et dont le sujet principal est donné par la Préfecture de police ou la rue des Saussaies.
Dans le rapport du Français avec sa police, il existe toujours, plus ou moins effacé par le raisonnement, l’image traditionnelle de Guignol rossant le gendarme ou le commissaire.
Les hommes de Scotland Yard, il faut l’avouer, procurent aux goûts de la foule londonienne, depuis Putney, jusqu’à Barking, le plaisir que peut offrir un pittoresque fantastique, parfaitement rajeuni par les accessoires les plus modernes. L’Angleterre est une nation ingénieusement policière et qui possède une police qui lui est nettement sympathique. La pègre londonienne est également assez mystérieuse. Elle pourrait être très dangereuse aussi. Elle ne l’est pas. Elle ne s’épanouit à l’air que dans les romans policiers.

Ceux qui peuvent apprécier
Les gens qui peuvent apprécier intégralement les qualités d’une police sont : 1° ceux qui sont en prison ; 2° ceux qui en sortent ; 3° ceux qui attendent l’occasion d’y entrer. En Angleterre, comme partout ailleurs, ils sont nombreux. Comme en France ils parlent une langue d’argot qu’ils désignent d’ailleurs sous le terme de « Pedlar’s French ». Le Pedlar’s French : c’est l’argot de la pègre, le langage souvent très imagé des mauvais garçons. Ceci indique qu’une certaine collaboration intellectuelle existe chez les malfaiteurs de l’un et de l’autre pays. Des événements récents, et qui n’ont point donné leur fin logique, sont assez présents à l’esprit de chacun. Ils ont prouvé que la pègre française se mêle assez familièrement à la vie londonienne. Elle participe particulièrement à la vie publique de cette grande cité, en s’occupant de lancer dans la circulation, dans les petites rues de Soho et autour de la place de Piccadilly, des demoiselles accueillantes dont beaucoup ne connaissent de la langue anglaise que le mot « business ».
À Londres, il existe encore à Scotland Yard, une équipe de policières en jupes. Elles sont au nombre de cent, je crois. C’est un exemple qui possède quelques partisans chez nous. Je ne sais trop si les malheureuses femmes prises dans une rafle, ce qui est bien le spectacle le plus sauvage de la rue, gagneraient à cette modification de la police des mœurs : une geôlière est souvent plus dure qu’un geôlier. Mais, je pense, en tenant compte de ce détail, qu’une femme d’élite pourrait tout de même par sa présence changer le caractère de cette opération de police.
Un Anglais semble ne point désirer les mille petites libertés dont un Français a besoin afin de passer une journée convenable. C’est, peut-être, la raison pour laquelle la loi anglaise respecte d’avantage la liberté individuelle. En réalité, si un Français voulait vivre en Angleterre comme il vit en France, il ne le pourrait pas et cette fameuse liberté ne serait pour lui qu’un mot assez trompeur.

Le bon policeman

Parmi tous les hommes qui servent la vieille Angleterre dans les bureaux de New Scotland Yard, le policeman demeure le type le plus populaire. Il fait un peu figure de bon génie dans la rue. De nombreuses estampes reproduisent des scènes familières de la Cité, où le policeman tient le centre du sujet, soit qu’il arrête la circulation des taxis et des « bus » afin de laisser passer une petite fille avec son chien, soit qu’il verbalise contre un chauffeur dans provoquer un rassemblement.
Le bon policeman jouit également d’une bonne réputation auprès des ivrognes. La légende dit qu’il n’hésitera jamais à les reconduire au domicile.
Cette légende n’était point ignorée du père du célèbre peintre Henri de Toulouse-Lautrec. Le comte de Lautrec était, paraît-il, un gentleman d’une grande distinction et qui ne manquait pas d’humour. Comme un ami de la famille lui laissait entendre que son fils, Henri de Toulouse-Lautrec buvait beaucoup trop pour le bien, et qu’il faudrait intervenir de sa santé, le comte de Lautrec lui répondit qu’il conseillerait à son fils d’aller habiter Londres où les ivrognes passent inaperçus et où les policemen s’occupent d’eux.
On envie toujours a police du voisin. Un « je ne sais quoi » de mystérieux et de littéraire la rend redoutable, infaillible et perspicace. Il serait plus juste de penser que la police anglaise possède une organisation anglaise au service de toutes les qualités de la race. Il en est de même pour la police allemande, italienne ou russe. Elles diffèrent moins par leurs principes essentiels que par la manière de les appliquer.
La police est un art, un art moins paradoxal que celui d’assassiner, si l’on en croit le célèbre essai de Thomas de Quincey. Il faut pour réussir dans ce métier des dons particuliers, de l’honneur et du courage. Ces qualités ne sont pas plus communes sur les bords de la Tamise que sur les bords de la Seine ou de la Sprée. C’est sans doute, la conclusion que chacun pourra tirer de ces quelques lignes écrites en marge du crime quotidien que l’époque nous offre avec une désolante régularité.

Pierre Mac Orlan

FIN

UNE NUIT À LONDRES AVEC LA POLICE

Encore une fois, Londres laisse apparaître hors de son brouillard si clément pour les fantômes du romantisme, l’épouvantable et indécise silhouette d’un monstre qui rappelle les mille apparences imaginaires de Jack the Ripper, le fameux et légendaire Jack l’Éventreur dont le souvenir n’est pas effacé.
Dans ce terrain vague de Blackheath, animé le samedi par les gais maillots des équipes de football un allumeur de réverbères a trouvé le cadavre odieusement dépecé d’une fille de 17 ans : Miss Louisa , Maud Steel. Tous les journaux ont parlé de cette affaire depuis quinze jours.
C’est encore une de ces terrifiantes illustrations de ce fantastique criminel de notre époque, si puissant qu’il menace de s’y appliquer comme une étiquette.
Il n’y a pas longtemps, j’étais à Londres, pour y recueillir quelques images sociales qui ne sont pas toujours ce que les grandes cités offrent de plus reposant. Malheureusement c’est encore la canaille de tous le qui garde le plus jalousement les traditions d’un certain pittoresque national. Un sergent de police taillé comme un boxeur poids moyen m’accompagnait. C’était un homme intelligent et qui aimait l’aventure. Il savait la valeur des lumières dans la nuit et pouvait reconnaître ce que son métier, si paradoxal que cela puisse paraître, couvait de littérature dangereuse. La police d’une ville possède sur la vie secrète d’une cité des révélations surprenantes. Ce n’est pas toujours ce que le voyageur imagine mais ce n’est jamais ce que le voyageur peut voir.
En lisant il y a quelques jours, le récit du crime commis entre Blackheath et Plumstead, je ne pouvais m’empêcher de revoir ce curieux quartier composé de maisons en briques, plus décentes à l’extérieur qu’à l’intérieur entre Wentworth Street et Petticoat Lane, où Jack l’Éventreur commença et acheva la série de ses nombreux assassinats. Là, comme dans le crime de Blackheath, la marque de la bête apparaissait : Jack l’Éventreur assassinait les pauvres filles publiques qui à cette époque, il y a une quarantaine d’années, habitaient pour la plupart dans le fameux quartier de Whitechapel. Aujourd’hui ce quartier est purgé de ses indésirables : c’est l’honnête ghetto de Londres, qui abrite tant de braves gens que le grand romancier Israël Zangwill étudie dans ses romans célèbres. Cependant si j’en croyais mon guide, le ghetto et le petit ghetto de Black Lion Yard, n’accueilleraient pas une population sans mélange. C’est à Black Lion Yard, dans des boutiques sans apparences que se trouvent peut-être les plus diamants de l’Angleterre, mais là aussi se trouvaient, à l’abri de certaines petites boutiques, des indicateurs de police. Mon sergent de police m’entraîna à Hersellstreet* à côté de Commercial Road. La misère humaine s’y trouvait à l’aise, c’est-à-dire que les pauvres gans qui y vivaient vêtus de loques et nourris de déchets n’avaient même plus conscience de leur état.
Dès que les hautes lampes électriques s’allument dans Whitechapel et dans Commercial Road, le marché aux poissons qui donne aux rues une vie colorée et particulière replie tous ses décors. Les boutiques où l’on vend des viandes kasher se ferment. La nuit de Londres est paisible, mais celle de Whitechapel est plus paisible que les nuits de Soho ou du Strand. À minuit l’immense ville est dominée par le silence. Elle repose sous la surveillance des équipes de policemen qui promènent furtivement les lumières de leurs petites lampes « sourdes » sur les portes qui leurs paraissent suspectes.
Si l’on compare les nuits de Londres à celles de Paris, de Berlin ou de Barcelone, elles sont singulièrement silencieuses. Ce n’est pas là leur moindre caractère. L’aspect le plus romantique des nuits de Londres n’est plus celui que décrivit Sir Anthony Trollope, dans cet extraordinaire roman policier que l’on appelle « Les Mystères de Londres ». Les beaux jours de Shadwell High Street, plus connue autrefois de Ratcliff Highway, reposent dans les vieilles chroniques de l’histoire criminelle de Londres. Cette rue immonde était bordée de tavernes louches où les mariniers marrons de la Tamise s’y donnaient rendez-vous pour le plus grand plaisir des romanciers d’aventures. Les tavernes louches ont été remplacées par des bars étincelants et nickelés. C’est là qu’on peut boire une pinte d’ale sans être riche et qu’on peut attendre l’arrivée opportune du sergent recruteur. L’alcool tend ici ses décors les plus secrets, le spectacle se joue à l’intérieur de chacun, dans l’imagination de ces pauvres hommes, de ces pauvres femmes qui s’en vont dans la rue trop éclairée, la longue et large Commercial Road. Ils ont l’allure furtive des rats quand ils se trouvent surpris dans une nappe de lumière.
Les noctambules que l’on peut rencontrer dans les rues de Londres sont rares, peut-être, à cause de l’extraordinaire silence de la ville ils paraissent suspects. Il y avait, il n’y a pas longtemps dans Commercial Road une salle de boxe que l’on appelait le Prennierland*. Les jeunes israélites du quartier qui tous rêvent de devenir des champions et le deviennent parfois venaient applaudir l’un des leurs qui tenait le ring en étoile de quartier.
- Ne mettez pas votre argent dans la poche revolver de votre pantalon me dit mon compagnon. Placez-le sur votre cœur et gardez la main dessus.
Cette manifestation bruyante et populaire fut la dernière manifestation de la vie sociale dans le quartier. Il y avait déjà longtemps que dans les quartiers aisés, le Cecil, le Savoy, les théâtres, les grands cafés de Piccadilly Circus avaient fermé leurs portes.
Nous sortions avec tous les autres qui ne tarderaient pas à être absorbés par le brouillard.
- « Allons vers les docks me dit le sergent, c’est mon secteur. Vous verrez ce que vous verrez ! »
Il releva le col de son pardessus. Le brouillard de la Tamise nous pénétrant jusqu’aux os. Nous étions sournoisement imbibés comme des éponges. Nous marchions le dos voûté et les coudes serrés contre le corps comme deux ombres, perdus dans le brouillard, où les lampes suspendues très haut dans le ciel répandaient faiblement leur lueur laiteuse.
- « À cette heure-ci, nous trouverons encore des hommes dans le quartier chinois. Comme tout est calme, murmura le policier en soupirant.
Un air marin nous saisit aux narines. Nous descendions maintenant vers la Tamise, vers les docks fameux, dans cet ancien Whapping, jadis assez mal fréquenté. À gauche de ces marches de pierre où l’eau clapotait doucement, se trouvait le quai des Exécutions. Le capitaine Kid, le plus éhonté de tous les pirates, y fut pendu pour édifier des navigateurs enclins à trop de fantaisie. Il y a de cela longtemps. Aujourd’hui ce sombre bloc de maisons qui émerge à peine de la nuit trouble est habité par de pauvres gens, des chômeurs pour la plupart. Le but de notre promenade n’était point là. Il fallut remonter dans Commercial Road jusqu’à la West India Docks Road. Nous marchâmes pendant deux ou trois cents mètres et le sergent me montra une petite rue, assez large, bordée de maisons à deux étages.
- « Voici le quartier chinois, d’un côté c’est Pennyfields et de l’autre c’est Limehouse Causeway. Tous les chinois de Londres sont là… ou en prison.
Une triste lumière d’aquarium baignait cette rue silencieuse. Dans l’ombre d’une porte, on apercevait, immobile, une femme en tablier blanc.
Des bandes de Célestes, chaussés de feutre, mais en complet européen, se déplaçaient silencieusement. Toutes les maisons accusaient un délabrement sans pittoresque. Des affiches en chinois remplaçaient des carreaux cassés. Les mauvais anges de l’alcool habitaient cette rue. Ils étaient indescriptibles. C’est ainsi que nous allâmes boire un verre de bière, dans le « bar » de Charlie Brown. Il est célèbre, c’est une manière de Lapin Agile londonien, plus nourri de navigateurs. Son patron possède au premier étage la plus belle collection d’ivoires extrême-orientaux du monde, et dans la salle de dancing, la plus belle collection d’ivrognes des deux sexes. Le bar de Charlie Brown n’éclaire pas la rue. Il faut passer la main contre la muraille humide pour en trouver la porte. Mais ceux qui viennent là ne sont dangereux que pour eux-mêmes.
Quand nous sortîmes de Pennyfields le petit jour se levait. Nous rencontrâmes une ronde de police et le chauffeur chinois coiffé de casquette blanche de marine. Le brouillard tombait en pluie, ; sur la Tamise des sirènes endormies saluaient l’aube, les départs, la possibilité d’une autre lumière…
Un jour allait se lever sur le jeune printemps londonien qui est bien le plus charmant du monde. Car la nuit et le jour à Londres, comme dans toutes les grandes villes du monde, n’intéressent pas les mêmes personnages. Le peuple du jour n’a rien de commun avec le peuple de la nuit.

Pierre Mac Orlan

FIN

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