Musée, Pierre Mac Orlan
Un musée, une photo : Claude Cahun "Aveux non Avenus"
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Entre 1826 et 1827 près de Chalon-sur-Saône, Nicéphore Niépce créait la première image photographique fixée durablement sur une surface photosensible. Son invention a révolutionné les représentations de notre monde. Pour célébrer cette invention majeure, le ministère de la Culture organise le Bicentenaire de la Photographie.
Le musée de la Seine-et-Marne conserve un fonds de quelque 50 000 photographies composé de photos documentaires sur le département, de photos d’auteurs en lien avec le fonds Mac Orlan ou avec le fonds ethnographique. Jusqu’à fin 2027, le musée vous propose de vous donner un aperçu de la richesse de ses collections dans ce domaine.
- Claude Cahun (1894-1954)
- Livre : Aveux non avenus
- Éditions du Carrefour, 1930
- MDSM – D.PMO.1994/1995.1.6927.1-3
Claude Cahun, pseudonyme de Lucy Schwob, est une artiste française écrivaine, plasticienne et photographe. L'écrivain Marcel Schwob est son oncle et l'écrivain Léon Cahun son grand-oncle. Sa vie est étroitement liée à celle de sa compagne, Suzanne Malherbe (Marcel Moore), autre artiste d'origine nantaise. En lien avec le mouvement surréaliste, Claude Cahun s'engagea aussi dans la vie politique de l'entre-deux-guerres puis dans la Résistance pendant l'occupation allemande de Jersey. En 1930, elle publie Aveux non avenus , texte autobiographique illustré de photomontages, avec le soutien de la libraire Adrienne Monnier.
Claude Cahun, a pris des photos de 1910 à 1954. Résistante, homosexuelle, curieuse et affranchie, elle cherche, à travers son geste photographique, à se trouver, voire à se transformer. Grimée ou naturelle, l’artiste pratique l’autoportrait d’une manière proche des performances contemporaines. Les clichés qui en résultent sont toujours à la limite du choc sensoriel, dans cette zone floue qu’on appelle le poétique.
Pierre Mac Orlan, ami de Marcel Schwob, écrit la préface de Aveux non avenus. Il dit de Claude Cahun « qu’elle a hérité d’une inquiétude si riche qu’il ne faut pas quelle s’en libère ». Il indique : « c’est l’amour qui donne à la rue sa mélancolie profonde et c’est lui qui part l’art photographique d’un mystère insondable à cause de son extraordinaire mobilité. Les grands valets sentimentaux de notre époque sont l’appareil photographique et le coffret phonographique ».
L’exemplaire n°1, imprimé sur Japon nacré, est offert par Claude Cahun à Mac Orlan alors qu’elle a 36 ans. Il est accompagné des deux dessins originaux de l’autrice dont l’un s’intitule Miniatures de mondes ou Bulles de savons ?
Et d’une longue dédicace adressée à son préfacier : « A Pierre Mac Orlan, au sourcier en qui je crois si fort que je finirai par croire en moi-même, à Pierre Mac Orlan qui représente dans ma vie la chance et l’amitié que j’attendais en vain, à l’écrivain-sorcier qui m’a fait en quelques formules magiques, une si belle légende que si jamais on m’aime se sera grâce à lui, à travers lui…
Au même qui m’a permis, comme à tant, d’autres, de participer à de poignantes aventures intellectuelles, qui m’a donné des heures d’oubli de moi-même, - heures inoubliables vécues près de la Cavalière Elsa, près de Nicolas, de Simon Gohelle et de Claude, la Vénus Internationale, près du pantin Malice et de ses acolytes. En souvenir de Jacques Viot à qui je dois le privilège d’avoir entendu votre voix et vu votre visage, si parfaitement conformes à l’image que je me faisais de vous qu’ils ont déclenché spontanément ma confiance et ma sympathie, me dépouillant presque d’une timidité qui me rend muette et même hélas ! souvent à moitié sourde. A vous, la reconnaissance inaliénable de Claude Cahun (reconnaissance qu’elle voudrait savoir comment prouver, la maladroite, au lieu de l’exprimer si sottement. » Paris – juin 1930
Cette édition originale est illustrée d'héliogravures, des photomontages d’une grande modernité, composées par Marcel Moore d'après les projets de Claude Cahun.
Dans cette œuvre, Claude Cahun propose d’avancer vers la découverte de soi, se livre à une investigation des dispositions secrètes du moi, met à nu les mécanismes sentimentaux, expérimente les ambiguïtés de la différence sexuelle. Pour se mettre à l’épreuve et donner forme à son « aventure invisible », elle utilise les deux instruments qui capteront les images et permettront leur savant montage : l’écriture et l’appareil photographique.
C’est au jeu des incarnations et des métamorphoses que le moi se dévoile et s’invente sans fin : « Sous ce masque, un autre masque. Je n’en finirai pas de soulever tous ces visages », écrit-elle.
Dans Aveux non avenus, livre achevé en 1928, l’artiste se met elle-même en scène, distribue ses propres rôles, provocants ou ironiques, idéalisés ou détestés, personnages mythiques, masculins et féminins, neutres ou inclassables. Cette œuvre totale mêle aux photomontages, réalisés en collaboration avec sa compagne Suzanne Malherbe (dite Moore), des fragments de journaux intimes et de lettres, des poèmes, de la prose polémique, des considérations spéculatives.
On peut voir en Claude Cahun un précurseur. Individualiste et rebelle, elle explore avec une audace inouïe et sans concession l’insaisissable identité et subvertit tous les genres.
Aveux non avenus, son livre majeur et méconnu, dit l’étrangeté radicale et l'irrépressible liberté d’être.